Le toucher, la sensation constitutive du corps ?

toucherpapillonflickrbrandoJe me demande souvent en quoi le toucher est un sens tellement à part. Comment ma main de praticienne en Shiatsu, peut ressentir autant nuances d’énergie, de Qi,  dans les corps sur lesquels j’exerce ?

Toutes les nuances de température, de fermeté, de sécheresse, de profondeur, de pulsations mécaniques, de flux électriques. Ces sensations sont elles celles du receveur ou uniquement la perception que j’ai de son ressenti ?

Ces questions, je me les pose continuellement depuis que j’ai commencé à étudier le Shiatsu, il y a plus de 10 ans maintenant. A défaut d’avoir trouvé des réponses, elles me permettent d’observer ma pratique avec le recul nécessaire connaître ses limites et de gagner en confiance dans mes sensations et la lecture des vies qui passent sous mes mains.

Je partage avec vous ces quelques lignes qui parlent magnifiquement de toucher et proprioception. Elles ne répondent pas pour autant à mes questions mais m’aident à concevoir le pouvoir du toucher.

Husserl« Le corps propre ne peut se constituer en tant que tel originairement que dans le toucher et dans tout ce qui trouve sa localisation avec les sensations du toucher, comme c’est le cas pour la chaleur, la douleur, le froid, etc. Les sensations de mouvements jouent en outre un rôle important. Je vois ma main bouger et sans que, en bougeant, elle touche quoi que ce soit, j’éprouve des sensations de mouvement, […] de tensions, des sensations de toucher et je les localise dans la main qui bouge. Et de même pour tous les membres. Si, ce faisant, je touche quelque chose, la sensation de toucher reçoit en même temps une localisation à la surface de la main qui touche. Au fond, les sensations de mouvements ne doivent vraiment leur localisation qu’à leur entrelacement continuel avec des sensations localisées de façon primaire. Mais comme ici il ne règne aucun parallélisme strictement gradué, comme c’est le cas entre les sensations de température et les sensations du toucher, les sensations kinesthésiques ne se déploient pas graduellement au travers de l’extension apparaissante, elles ne reçoivent qu’une localisation assez indéterminée. Celle-ci n’est pas pour autant dépourvue de signification, elle rend plus intime l’unité entre le corps propre et chose librement mue.

Naturellement, le corps propre ne devient corps propre que parce qu’il y a, par le toucher, insertion des sensations de douleurs, etc, en bref par la localisation des sensations en tant que sensations. »

 « Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pure »

Edmund Husserl(1859-1938)

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